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Prise de parole de M. Guy LAICK Président de la Communauté Juive de Nîmes - Dimanche 19 juillet 2026 - Cérémonie d'hommage aux justes de France et de commémoration de la rafle du Vel d'Hiv

Dernière mise à jour : 23 juil.

Guy Laick dépose une gerbes au pied de la stèle commémorative


Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires, Mesdames et Messieurs, Chers amis,


Nous voici réunis parce que nous avons fait le choix de ne pas détourner le regard de notre passé. Réunis parce que le souvenir n’est pas seulement un devoir envers les morts, il est une exigence envers les vivants. Réunis parce qu’une nation se grandit lorsqu’elle sait regarder son histoire en face, avec ses lumières comme avec ses ombres.

Les 16 et 17 juillet 1942, au cœur même de Paris, plus de 13 000 Juifs furent arrêtés lors de la rafle du Vel d’Hiv. Parmi eux, plus de 4 000 enfants. Des enfants dont le seul crime était d’être nés juifs.

Des enfants arrachés aux bras de leurs parents, privés de leurs jeux, de leurs rêves, de leur avenir. Des enfants qui, pour la plupart, furent ensuite déportés vers Auschwitz-Birkenau et assassinés parce qu’ils étaient juifs.

Parmi eux se trouvait Arlette Testyler, née Reiman, qui nous a quittés il y a quelques semaines. Elle était une de ces voix qui semblaient ne jamais devoir disparaître tant elles étaient devenues indispensables à notre conscience collective.

Arlette avait 9 ans lorsque, le 16 juillet 1942, la police française vint frapper à la porte de l’appartement familial. Avec sa mère Malka et sa sœur Madeleine, elle connut l’enfer du Vel d’Hiv, puis Beaune-la-Rolande avant de s’échapper. Son père, Abraham, arrêté lors de la rafle du billet vert en 1941, fut déporté et assassiné à Auschwitz.

Arlette Testyler avait fait de sa vie une réponse à ceux qui voulaient la réduire au silence. Elle aurait pu choisir de se taire devant l’immensité de la douleur, mais elle a choisi de transformer la blessure en transmission et de raconter aux jeunes son histoire.

Nos Sages enseignent dans le Talmud : « Celui qui enseigne à l’enfant de son prochain, c’est comme s’il lui avait donné la vie. » Arlette a donné de la vie à des milliers d’enfants en leur transmettant la mémoire de ceux qui n’avaient plus de voix.

Elle nous rappelait une vérité essentielle : les derniers témoins disparaissent, mais le témoignage ne doit jamais disparaître avec eux. Et c’est peut-être cela, la plus grande victoire d’Arlette Testyler et de tous les rescapés : avoir fait de nous non pas les gardiens d’une douleur passée, mais les porteurs d’une responsabilité pour demain.

La Torah nous enseigne, dans le livre de la Genèse, que « l’homme est à l’image de Dieu ». Cette affirmation bouleverse tout : elle signifie qu’aucune idéologie, aucun régime, aucune haine ne peut retirer à un être humain sa dignité infinie.

La rafle du Vel d’Hiv demeure une blessure particulière dans notre mémoire nationale parce qu’elle ne fut pas seulement l’œuvre de l’occupant nazi. Elle fut organisée avec la participation de l’État français de Vichy, par des fonctionnaires français, des policiers français. Cette vérité est douloureuse, mais elle est nécessaire. Comme l’a rappelé avec courage le président Jacques Chirac le 16 juillet 1995, « la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ».

Reconnaître cette responsabilité n’est pas accuser la France. C’est au contraire lui permettre d’être fidèle à elle-même. Car la France véritable fut aussi celle des Justes parmi les Nations, celle des consciences courageuses, celle de ces femmes et de ces hommes qui, au péril de leur vie, ont caché, protégé, sauvé. Ils furent la preuve que même dans la nuit la plus profonde, une lumière demeure possible.

Nos Sages enseignent dans les Pirké Avot : « Le monde repose sur trois piliers : l’étude, le service divin et les actes de bonté. » Face à la destruction, certains ont choisi ce troisième pilier : la bonté, la responsabilité, la fraternité.

Mais commémorer ne peut jamais être seulement regarder derrière nous. Le souvenir de la rafle du Vel d’Hiv nous parle aujourd’hui, il nous interroge aujourd’hui et nous oblige. Car nous savons que l’antisémitisme n’appartient pas aux livres d’histoire, il n’est pas un vestige poussiéreux d’un passé révolu. Il change de visage, de langage, de prétexte, mais il poursuit toujours le même objectif : désigner le Juif comme responsable, comme étranger, comme coupable.

Depuis le 7 octobre 2023, jour où la barbarie terroriste a frappé Israël avec une violence inouïe, nous avons vu ressurgir des paroles et des actes que nous pensions appartenir au passé. Nous avons vu des Juifs de France avoir peur d’être reconnus comme tels. Nous avons vu des enfants cacher leur identité. Et cela, dans la patrie des droits de l’homme, doit nous alerter tous. Car l’antisémitisme n’est jamais seulement le problème des Juifs. Il est le signal d’alarme d’une République qui vacille. Lorsque les Juifs sont menacés, c’est toujours la liberté de tous qui est fragilisée.

La mémoire de la Shoah n’est donc pas une mémoire enfermée dans la douleur. Elle est une mémoire qui appelle à l’action. Car « Zakhor », Souviens toi, signifie également « agis en conséquence ».

Souviens toi pour défendre la dignité humaine. Souviens toi pour protéger les plus fragiles. Souviens toi pour transmettre à tes enfants ce que la haine peut produire lorsque les consciences s’endorment.

Que le souvenir des victimes du Vel d’Hiv nous donne la force de bâtir une société où jamais un enfant n’aura peur de ce qu’il est, où jamais un homme ne sera réduit à son origine ou à sa foi, où jamais l’indifférence ne sera plus forte que la fraternité.

Je vous remercie.

Guy LAÏCK Président

 

 
 
 

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