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PARACHA DE LA SEMAINE

SAMEDI 28 JANVIER 2023 - BO – Histoire et destin

Quelle est la place d’Israel dans l’Existence ? Est-ce que ce peuple à l’histoire si singulière et dont la longévité défie la chronique, la doit-il au fait d’avoir su vivre à l’écart des évènements, comme souvent on le lui a reproché ? Est-ce au contraire par qu’il a su être de toutes les guerres et de toutes les paix - acteur prépondérant de celles-ci - qui explique le phénomène ? Une part de la réponse serait-elle à chercher du côté de la mystique, à savoir une sorte de destinée spécifique qui serait, d’en-haut, imposée à Israel parce qu’il porte ce nom ? 

Les questions sont importantes et nous ne pouvons prétendre apporter des réponses définitives. Toutefois des pistes méritent d’être exploitées à travers une séquence de la Paracha Bo, à l’aune du Midrash que Rachi cite sur elle.

Avant que ne s’abatte sur l’Egypte la huitième plaie, celle des sauterelles, alors que Moïse et Aaron sont convoqués au palais de Pharaon pour négocier avec lui qui sont ceux qui vont sortir, Pharaon prononce ces mots :

« … voyez que le mal se trouve face à vous » (Exode 10 :10). 

Le mot mal est écrit « Ra’a » (רעה). Ainsi il est aussi dit : « … voyez que ra’a se trouve face à vous. » Rachi cite ici l’explication midrashique du refus de Pharaon de libérer les enfants d’Israel, avec l’argument que cela leur serait nuisible. En effet, 

« Il est une étoile appelée Ra’a qui s’élève face à vous dans le désert et cette étoile est signe de sang. Effectivement, lorsqu’Israel commit le Veau d’or, D_ieu voulut les tuer. C’est alors que Moïse pria en évoquant ce mot : ‘Pourquoi l’Egypte dira-t-elle c’est avec méchanceté - Ra’a - qu’Il (D_ieu) les a fait sortir [pour les tuer etc.]’ (id. 32 :12), à savoir : pourquoi donner raison à Pharaon qui avait prédit un tel châtiment lorsqu’il avait vu que ‘Ra’a se trouve face à vous’ (id. 10 :10). C’est alors que ‘D_ieu revint du mal - Ra’a - qu’il avait pensé faire à Son peuple’ (id. 32 :14) et transforma le sang mauvais, celui de la destruction, en un sang bon, celui de la circoncision que ferait Israel dès la conquête de la Terre de même nom ».

Pharaon voulait donc ainsi dissuader Israel de quitter le pays parce qu’une destinée lugubre les attendait dans le désert. L’Histoire lui a d’abord donné raison lorsque, plus tard suite à la faute du Veau d’or, D_ieu voulut détruire Son peuple. Et ce n’est que grâce à la prière de Moïse qui, craignant l’argument condescendant de « Je vous l’avais bien dit » que dirait l’Egypte, a réussi à écarter cette funeste destinée. Toutefois l’étoile Ra’a, présage de sang, devant nécessairement voir son expression prendre forme, D_ieu commua le sang-châtiment en un sang-commandement : celui de la circoncision. 

A la lecture de cette approche midrashique, on ne peut que s’étonner : Est-ce dans les étoiles que la destinée des peuples est inscrite ? N’est-elle pas, cette destinée, la conséquence de leurs choix et des actions qu’ils auront mené ? Pourquoi fallait-il à tout prix nourrir le présage de sang de l’étoile Ra’a par un autre qui serait, non pas synonyme de mort, mais au contraire signe de vie ? N’est-il pas possible de chercher le destin d’Israel « au-dessus des étoiles ? » Comment finalement faire cohabiter la notion verticale du présage, sorte de déterminisme, avec celle horizontale de l’engagement où l’individu s’empare de ce qui le fait ? Enfin, et cette question frise avec l’insolence, D_ieu n’est-Il pas au-dessus du ciel pour n’avoir pas à répondre à ce qui est inscrit dans le ciel ? 

En réalité, au-delà des questions que la notion de mazal pose et qui méritent une analyse qui lui soit propre, avant même que ne soit résolue – si tant est la chose possible – cette difficile équation, un autre aspect mérite d’être relevé : Israel n’a jamais eu besoin de connaitre la réponse à ses questionnements pour se mettre à agir. Et son action tient compte non juste de l’aspect matériel des situations mais également de la part spirituelle. C’est probablement cela l’une des forces de ce peuple : Israel réussit à vivre en même temps avec et en dehors de son temps. Avec son temps lorsqu’il est présent là où la vie se fait : Israel est au cœur de la cité. Mais aussi en-dehors : Israel se ressource aussi dans son Beth-haMidrash, dans sa maison d’étude et dans sa synagogue. Cela, non juste en opérant une dichotomie entre ciel et terre mais en les faisant se marier. La prière et l’étude regagnent la cité tandis que c’est avec elle qu’ils prient et étudient. Les démarches ne sont pas séparées, elles se conjuguent. Que cela provoque l’étonnement à minima n’a jamais été une raison de changer. Face au fatalisme du présage que Pharaon veut voir pour Israel, Moïse prie : tout n’est pas déterminé. Cette prière, c’est l’action possible. Possible puisqu’Israel a fauté. Prier est donc le seul recours et il faut l’exploiter. Moïse l’exploite et D_ieu, en acceptant sa prière lui donne raison : tout ce qui est envisageable, matériellement et spirituellement, doit être mené.

Toutefois la réponse de D_ieu Lui-même n’est pas en dehors des événements. L’étoile de sang Ra’a, c’est l’événement, il faut composer avec lui. D_ieu qui a placé les étoiles dans le ciel « consulte » le discours des étoiles pour l’insérer dans l’action qu’Il mène pour les hommes. En agissant ainsi, Il enseigne aux hommes d’apprendre à s’insérer dans la cité en tenant compte de la cité. Israel n’est pas au-dessus des étoiles. Lorsque c’est dans les étoiles que se trouve l’Ecriture, il devient impérieux de lire ce qui y est écrit et de s’en emparer pour trouver une solution. Alors, certes du sang doit être versé mais ce ne sera plus un sang qui emporte la vie mais un autre qui permet la vie : la circoncision ne se fait pas sans raison dans l’organe reproducteur. En suivant le message des étoiles et en lui donnant une autre portée, D_ieu a enseigné à Israel la marche à suivre : vivre avec l’événement mais ne pas le subir. Chaque problème trouvera toujours une solution, il suffira de chercher. D’aucuns ont refusé à Israel cette démarche et ont voulu pour ce peuple une Solution Finale… Mais Israel a dit non, Hachem a dit non. Le sang de l’extermination s’il n’a cessé de s’écouler du corps d’Israel, ce même sang a été la force de son âme qui aura su dépasser la souffrance de l’instant afin de s’inscrire dans un temps hors du temps. « Am Israel ‘Haï » n’est pas un chant partisan entonné avec fierté, c’est une philosophie de vie dans laquelle toujours, Israel s’attache à ce qui fait la vie. Et la vie est partout : sur terre, dans les étoiles et même par-delà les étoiles…

Chabbat Chalom

Binyamin AFRIAT

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